À ce jour, la Belgique ne dispose pas d’une étude nationale permettant de mesurer directement la prévalence du COVID long chez les enfants et adolescents. Plusieurs études internationales permettent néanmoins d’en estimer prudemment l’ordre de grandeur.
d’une enquête populationnelle américaine. Ils ne constituent pas un comptage des cas diagnostiqués en Belgique.
Synthèse
Les deux estimations appliquées à la Belgique
| Indicateur | Taux source | Calcul appliqué à la Belgique | Ordre de grandeur |
|---|---|---|---|
| COVID long actuel | 0,4 % | 2 304 673 × 0,4 % | ≈ 9 200 |
| COVID long déjà présenté | 1,4 % | 2 304 673 × 1,4 % | ≈ 32 300 |
Les deux proportions proviennent d’une enquête américaine de 2023 et sont transposées à la population belge uniquement pour fournir des ordres de grandeur.
Méthode
Comment ces estimations ont-elles été établies ?
1. Une population belge connue
Selon Statbel, la Belgique comptait 2 304 673 personnes âgées de moins de 18 ans au 1er janvier 2026.
2. Une enquête en population générale
L’étude de Ford et al., publiée dans JAMA Pediatrics en 2025, repose sur la National Health Interview Survey (NHIS) 2023, une enquête nationale représentative des ménages américains.
L’analyse concernait 7 585 enfants et adolescents âgés de 0 à 17 ans. Les parents ou responsables rapportaient si l’enfant avait présenté des symptômes persistant au moins trois mois après une infection au SARS-CoV-2.
présentaient encore un COVID long
au moment de l’enquête.
avaient déjà présenté un COVID long
à un moment donné.
Nuance virologique
Immunité hybride et risque de persistance
Depuis le début de la pandémie, le contexte immunitaire de la population a profondément évolué sous l’effet des infections, des réinfections et de la vaccination. Chez les personnes ayant à la fois une immunité post-infectieuse et vaccinale, on parle d’immunité hybride.
Cette évolution peut modifier le risque de développer certaines formes sévères de COVID-19 et probablement aussi le risque de COVID long. Elle ne permet toutefois pas de considérer ce risque comme nul.
Des COVID longs continuent d’être observés après des infections survenues durant la période Omicron.
Les réinfections constituent également un élément important. Une étude du programme RECOVER, portant sur plus de 465 000 enfants et jeunes durant la période Omicron, a observé qu’une deuxième infection était associée à un risque plus élevé de condition post-COVID qu’une première infection.
Contexte belge
Une réalité difficile à mesurer dans un système institutionnel fragmenté
En Belgique, les informations utiles à l’étude du COVID long pédiatrique sont réparties entre différents niveaux de pouvoir, systèmes de soins et dispositifs administratifs.
À notre connaissance, il n’existe pas actuellement de registre national permettant d’identifier directement l’ensemble des enfants et adolescents concernés par un COVID long.
Cette fragmentation institutionnelle et des sources de données complique l’obtention d’une vue consolidée de la situation nationale. Les données administratives, les consultations enregistrées ou les diagnostics codés ne peuvent donc pas être assimilés directement à une mesure de la prévalence réelle dans la population.
Données INAMI
Le recours aux dispositifs de soins ne mesure pas la prévalence
La Belgique a mis en place à partir de juillet 2022 un trajet de soins de première ligne destiné aux personnes souffrant de COVID long. Selon les données publiées par l’INAMI en décembre 2023, ce trajet avait alors été initié par un médecin généraliste 1 032 fois.
L’INAMI constatait lui-même une mise en œuvre très limitée du dispositif et indiquait que les professionnels de santé n’en connaissaient pas toujours suffisamment l’existence ou les modalités.
Depuis juillet 2024, un nouveau dispositif de prise en charge a été mis en place et prolongé jusqu’au 31 décembre 2026.
Elles ne peuvent donc pas être utilisées pour déterminer combien d’enfants, d’adolescents ou d’adultes sont réellement concernés.
Comparaison des études
Pourquoi les estimations varient-elles autant ?
Les études disponibles ne mesurent pas toutes le même phénomène. Certaines évaluent les symptômes persistants parmi les enfants infectés, d’autres les diagnostics enregistrés dans les dossiers médicaux, l’excès de symptômes par rapport à un groupe témoin ou encore des cohortes cliniques sélectionnées.
| Étude | Mesure | Population | Utilité pour l’estimation belge |
|---|---|---|---|
| Ford et al., 2025 | 0,4 % actuel 1,4 % déjà présenté |
Population générale, 0–17 ans | Base principale de l’extrapolation |
| Raineri et al., 2025 Suisse |
3,5 % avec symptômes ≥12 semaines parmi les enfants séropositifs | Cohorte scolaire séropositive avec adjudication clinique | Montre l’importance de distinguer symptômes persistants auto-rapportés et COVID long cliniquement attribuable |
| Costantino et al., 2026 Australie |
≈ 0,8 % chez les 6 mois–4 ans ; ≈ 0,3 % chez les 5–11 ans | Modélisation | Contrôle de plausibilité ; ne couvre pas les adolescents |
| Mandel et al., 2025 RECOVER |
≈ 4 % probable ; ≈ 1,5 point de % d’excès | Enfants infectés, dossiers médicaux | Mesure d’incidence après infection, pas prévalence dans tous les enfants |
| Dixon et al., 2025 | Incidence de conditions post-COVID après infection | Enfants infectés, réseau de dossiers médicaux | Pas directement extrapolable à toute la population pédiatrique |
| Appel et al., 2026 | Revue de 69 études | International | Montre la forte hétérogénéité méthodologique des estimations pédiatriques |
Parmi les enfants séropositifs, 3,5 % rapportaient des symptômes persistants depuis au moins 12 semaines. Les auteurs ont ensuite soumis les cas symptomatiques disponibles à une adjudication clinique. Parmi les 20 enfants évalués en détail, le COVID long a été jugé peu probable chez 13 (65 %), possible chez 7 (35 %)
et probable chez aucun. Cette étude illustre pourquoi un questionnaire de symptômes, pris isolément, peut conduire à surestimer la fréquence du COVID long et pourquoi l’évaluation clinique reste essentielle.
Les chiffres apparemment contradictoires ne mesurent donc souvent pas le même phénomène. Un pourcentage observé parmi des enfants déjà infectés ne peut pas être appliqué directement à l’ensemble des 2,3 millions d’enfants vivant en Belgique.
Pourquoi Ford et al. ?
Pourquoi retenir cette étude pour l’extrapolation ?
Parmi les études récentes identifiées, Ford et al. est particulièrement adaptée à notre question parce que son dénominateur est l’ensemble de la population pédiatrique de 0 à 17 ans, et non uniquement les enfants ayant déjà été infectés ou consultant pour des symptômes.
📊 Population générale : cohérente avec une extrapolation à l’ensemble des 0–17 ans belges.
🧒 Âge : 0–17 ans, soit la même tranche d’âge que celle utilisée pour la population belge.
🔎 Deux mesures distinctes : COVID long actuel et COVID long déjà présenté.
⚠️ Limite : les résultats américains de 2023 ne constituent pas une mesure directe de la Belgique en 2026.
Incertitude
Quelle marge d’incertitude ?
Dans Ford et al., l’intervalle de confiance à 95 % était de 0,3 à 0,6 %
pour le COVID long actuel et de 1,1 à 1,7 % pour le COVID long déjà présenté.
Application mécanique de l’intervalle 0,3–0,6 % à la population belge.
Application mécanique de l’intervalle 1,1–1,7 %.
Diagnostic
Des outils essentiellement cliniques
À ce jour, il n’existe pas de biomarqueur ou de test de laboratoire validé permettant, à lui seul, de confirmer ou d’exclure un COVID long chez l’enfant ou l’adolescent.
Le diagnostic repose donc essentiellement sur une évaluation clinique, qui prend notamment en compte l’histoire de la maladie, la nature et l’évolution des symptômes, leur apparition après une infection par le SARS-CoV-2 ainsi que leurs répercussions sur la vie quotidienne.
elles font partie intégrante de l’évaluation clinique et permettent de documenter l’évolution de la maladie et son retentissement fonctionnel.
Elles peuvent mettre en évidence des changements parfois très nets par rapport à l’état antérieur : diminution de la capacité à effectuer les activités habituelles, intolérance à l’effort, troubles cognitifs, modification du sommeil, difficultés scolaires ou réduction de la vie sociale.
Les examens complémentaires restent importants lorsqu’ils sont indiqués, notamment pour rechercher d’autres causes ou documenter certaines manifestations. Mais l’absence d’anomalie à un examen biologique ou paraclinique standard ne suffit pas, à elle seule, à exclure un COVID long.
À retenir
Les principaux repères
📍 ≈ 9 000 à 10 000 : ordre de grandeur des enfants qui pourraient être concernés aujourd’hui.
📚 Plus de 30 000 : ordre de grandeur des enfants qui pourraient avoir déjà été concernés.
🇧🇪 La population utilisée est la population officielle belge des moins de 18 ans au 1er janvier 2026.
🇺🇸 Les taux utilisés proviennent d’une enquête américaine réalisée en 2023.
🧬 L’immunité de la population a évolué, notamment avec les infections répétées et la vaccination.
🏛️ La fragmentation institutionnelle belge complique l’obtention d’une mesure nationale consolidée.
📋 Les données INAMI décrivent le recours aux dispositifs de soins, pas la prévalence de la maladie.
🩺 Le diagnostic reste essentiellement clinique et repose notamment sur l’histoire rapportée par l’enfant et sa famille.
⚠️ Les deux chiffres doivent rester au conditionnel et être présentés comme des extrapolations.
Mieux mesurer pour mieux prendre en charge
Les données disponibles ne permettent pas de déterminer précisément combien d’enfants et adolescents vivent aujourd’hui avec un COVID long en Belgique.
L’application à la population belge des proportions observées dans l’enquête américaine NHIS 2023 conduit néanmoins à deux ordres de grandeur :
≈ 9 000 à 10 000 pourraient être concernés actuellement
Plus de 30 000 pourraient avoir déjà été concernés
Le principal enseignement n’est pas la précision de ces chiffres, mais l’ordre de grandeur : le COVID long pédiatrique pourrait concerner plusieurs milliers d’enfants et d’adolescents en Belgique.
Cette incertitude, associée à l’évolution du contexte immunitaire, à la fragmentation des données belges et à l’absence de registre national, souligne la nécessité de développer une surveillance épidémiologique plus structurée et une prise en charge mieux identifiée.
Références
Principales sources
- Ford ND, Vahratian A, Pratt CQ, et al. Long COVID Prevalence and Associated Activity Limitation in US Children. JAMA Pediatrics. 2025;179(4):471–473. DOI: 10.1001/jamapediatrics.2024.6206.
- Raineri et al. Long COVID in children and adolescents: results from three cross-sectional school-based cohorts with adjudication. Swiss Medical Weekly. 2025;155:4337. DOI: 10.57187/s.4337.
- Costantino et al. Long COVID in children in Australia and the potential impact of vaccination. Vaccine. 2026;79:128442. DOI: 10.1016/j.vaccine.2026.128442.
- Mandel H, Yoo YJ, Allen AJ, et al. Long COVID Incidence Proportion in Adults and Children Between 2020 and 2024: An Electronic Health Record-Based Study From the RECOVER Initiative. Clinical Infectious Diseases. 2025;80(6):1247–1261. DOI: 10.1093/cid/ciaf046.
- Dixon BE, et al. Incidence of long COVID among U.S. children and adults during the omicron era — Tracking Post-COVID Conditions (Track-PCC) network, 2022–2023. Journal of Infection and Public Health. 2025;18(11):102935. DOI: 10.1016/j.jiph.2025.102935.
- Zhang B, Wu Q, Jhaveri R, et al. Long COVID associated with SARS-CoV-2 reinfection among children and adolescents in the Omicron era (RECOVER-EHR): a retrospective cohort study. The Lancet Infectious Diseases. 2026;26(2):127–138. DOI: 10.1016/S1473-3099(25)00476-1.
- Appel et al. Understanding heterogeneity in paediatric long COVID research: an overview of reviews and recommendations for future pandemics. BMC Pediatrics. 2026. DOI: 10.1186/s12887-026-07276-6.
- World Health Organization. A clinical case definition for post COVID-19 condition in children and adolescents by expert consensus. 2023.
- Statbel. Structure de la population par âge — Belgique, 1er janvier 2026.
- INAMI. Données relatives au trajet de soins COVID long et à son utilisation en Belgique.
Cette publication propose deux estimations exploratoires destinées à documenter l’ordre de grandeur potentiel du COVID long pédiatrique en Belgique. Elles ne constituent ni une étude belge de prévalence, ni un registre de patients, ni un décompte des diagnostics posés en Belgique.

